FOCUS

Dans quelle mesure une marque de sport outdoor se doit d’être impliquée dans la prévention et la formation au risque avalanche ?

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14 avril 2019

Introduction

Qui n’a jamais entendu le fameux « fais attention, le hors-piste c’est dangereux » sans même que celui qui ai prononcé cette phrase ne sache pourquoi ni comment. Cette montagne, si belle montagne, aussi belle que dangereuse soit-elle, ne livrera jamais ses secrets à personne. Il a donc fallu de longues années de recherche et de travail pour mieux comprendre et interpréter le langage de cette belle blanche. 

J’ai eu la chance durant mes années lycée d’intégrer la section sport nature du Lycée du Diois, une section unique en France qui a pour objectif de former des jeunes à la pratique et aux bases de l’encadrement des sports de plein air, aussi bien en kayak, en escalade qu’en ski de randonnée. J’ai donc eu la chance de recevoir une vraie formation adaptée à chaque sport, me permettant d’évoluer ensuite en autonomie dans chacune des pratiques en étant plus conscient de chaque aspects, notamment en ce qui concerne la  sécurité. Une fois sorti de la section sport nature, je me suis rendu compte de la chance que j’avais eu d’avoir reçu cette éducation et cette formation à ces activités de plein air. Dès lors que l’hiver pointait son nez, tous mes nouveaux copains des environs de Grenoble, où j’avais choisi de poursuivre mes études, n’attendaient qu’une chose : regarder la dernière vidéo de Candide Thovex et partir ensuite dévaler les pentes de poudreuses, une fois assoiffés par l’appel de la neige. C’est à ce moment que j’ai eu un déclic : j’avais eu la possibilité d’être formé pendant 3 ans aux conditions et à la pratique en montagne, mais qu’en était-t-il de ceux qui n’avaient pas eu cette opportunité ? Où allaient-ils apprendre tout cela ? Étaient-ils conscient des risques qu’ils pouvaient parfois prendre, sans même le savoir ? 

Pendant deux ans j’ai continué à pratiquer la montagne avec mes amis de la section sport nature, mais en gardant toujours en tête cette question : qui s’occupe de former tous ces (jeunes) pratiquants ? J’avais connaissance de toutes les entités de formation que sont le CAF (Club Alpin Français), l’ANENA (Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches), et les autres organismes privés de formation (ESF, Guides de haute montagne etc…) mais tous faisaient partie d’une démarche qui nécessitait bien souvent un gros budget pour se former et pour lesquels il n’étaient pas toujours évident de trouver les dates de formation en dehors d’une démarche personnelle. C’est également là que le premier problème se pose. La « popularisation » des sports de montagne, notamment grâce à internet et aux réseaux sociaux a rendu la pratique plus tendance et les évolutions matérielles se sont chargées de rendre la pratique plus accessible. Pour autant le pratiquant n’est pas plus formé qu’avant à la montagne. Là où le ski de randonnée était auparavant vu comme une pratique minoritaire plutôt rattachée au monde de la montagne, voir de l’alpinisme, cette pratique tend plutôt désormais à être une déformation du ski alpin, notamment via le développement du « ski freeride », un mot qui à mon sens est désormais plus utilisé pour désigner la pratique « cool et branchée » du jeune skieur adolescent en recherche de sensations et d’image que pour désigner le véritable sport extreme consistant à sauter des barres rocheuses et qui détient plus d’une véritable pratique professionnelle que d’un séjour aux Arcs d’une semaine entre copains équipés de sa GoPro fraichement reçue à noël…

J’ai ensuite fais mon entrée au sein de la marque Millet lors du stage de ma licence professionnelle de Commercialisation des Produits et Services Sportifs au sein du CESNI en 2017. Une des missions du stage était justement de participer à l’organisation et au déroulement des Safety Academy, des formations grands publics gratuites pour aborder et mieux comprendre le risque avalanche lors d’une sortie de ski de randonnée ou de ski hors piste. Nous reviendrons plus en détails sur les Safety Academy par la suite.

De plus, comme vous l’aurez peut-être noté dans les remerciements, la question de la sécurité en montagne et notamment en ce qui concerne les avalanches est un sujet qui me tiens à coeur. C’est ainsi que j’en suis venu à me poser la question du rôle des marques outdoor dans la prévention du risque avalanche.

La difficulté de ce sujet réside principalement dans sa véritable nouveauté, je n’ai trouvé durant mes recherches aucune ressource journalistique ou documentaire qui traitait du rôle des marques de montagne dans la question du risque avalanche. J’ai contacté l’ANENA (Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches) et à ce jour, bien que la question les intéressent beaucoup et que la volonté de certains aillent dans ce sens, personne n’a encore traité ce sujet en profondeur. Il m’a donc fallu avancer en terre inconnue pour mener à bien ma réflexion, et j’y ai pris beaucoup de plaisir !

Nous verrons donc dans un premier temps un état des lieux actuel de la pratique et ses évolutions pour bien cerner le profil du pratiquant puis l’état actuel de la concurrence via un benchmark. Nous nous intéresserons ensuite à la marque et au contexte de la problématique avant d’analyser les résultats de mon enquête et de mes entretiens, pour finir avec les préconisations appliquées à la marque Millet.

PARTIE I : ETAT DES LIEUX

  1. Cadres conceptuels

Avant de plonger au coeur du sujet il est important de situer temporellement le début de celui-ci. Il faut remonter en 1897 à Annemasse pour voir apparaitre le premier groupement de secouristes : « les sauveteurs volontaires du Salève » qui malgré leur volonté de bien faire n’étaient pourvus que de moyens dérisoires vis à vis des situations  rencontrées et qui, la plupart du temps, n’intervenaient sur le lieu de l’avalanche que pour constater les dégâts. En 1910 nait le Comité des Secours en Montagne du Dauphiné, et une question se soulèvera rapidement : comment faire accepter par tous une discipline et une méthode unique de fonctionnement (nous verrons par la suite que cette question n’a jamais été autant d’actualité). S’en suivront différentes formations de groupements de montagne, toutes bousculées par de lourds accidents en montagne comme la tragédie Vincendon et Henry qui le 28 décembre 1956, fut sans doute le plus grand fiasco du secourisme en montagne. De cette tragédie où les deux alpinistes avaient perdus la vie, faute de possibilités de secours par l’équipe envoyée qui se cracha en hélicoptère, le secours en montagne grandit petit à petit. Il faudra attendre le 21 Août 1958 où une circulaire ministérielle : le « plan ORSEC-montagne », décrètera que le secours en montagne devient un véritable service public, sous la tutelle du ministère de l’intérieur, par l’intermédiaire du service de la protection civile. Ce sont donc les Sociétés locales de secours, les deux Écoles de haute montagne civile et militaire, les groupements spécialisés des CRS et de la Gendarmerie qui seront en charge d’assurer les manoeuvres de secours aux avalanchés. Aujourd’hui ce sont désormais les groupes spécialisés de CRS, de la gendarmerie nationale et des différents corps de pompiers qui assurent les missions de secours sur le territoire français. Il est également important de noter qu’au fil des ans les connaissances et les techniques de secours en montagne n’ont fait qu’évoluer, tant du point de vue du matériel avec notamment les hélicoptères et leurs système de treuils, la formation des maitres-chien et maitres artificier, que sur l’aspect théorique avec l’apparition en 1993 du Bulletin du Risque d’Avalanche (BRA) désormais plus communément appelé BERA (Bulletin d’Estimation du Risque Avalanche). Cet outil produit par météo-france est l’outil d’aide à la décision majeur pour tous les utilisateurs de la montagne, des élus locaux aux secouristes, en passant par le randonneur et le professionnel de la montagne. Disponible pour chaque massif il permet de donner chaque jour en période hivernale une tendance sur le risque avalanche à différents niveaux. Le secours en montagne est donc en constante évolution, puisque la pratique elle-même continue à se transformer au fil des années. Laissez moi vous en dire un peu plus.

Sans remonter jusqu’à l’origine des sports d’hiver, tout le monde s’accordera à dire que ces vingts dernières années ont connues un très fort engouement pour la pratique des sports d’hiver (de 724 millions d’euros en 2000 à 1312 millions d’euros en 2015 pour les recettes des domaines skiables en France). Je ne m’attarderai pas bien plus longtemps sur l’évolution économique du marché de la glisse et des activités en montagne, ce sujet pouvant être un mémoire à lui tout seul. Cependant je pense qu’il est important de s’intéresser à l’évolution du profil du pratiquant pour mieux comprendre le rôle qu’ont à jouer les marques de montagne. Comme je l’écrivais délicatement en introduction, il est important de noter, surtout avec l’évolution du ski de randonnée, que les pratiquants exposés au risque avalanche ont des profils qui se subdivisent de plus en plus. À l’époque où seuls les alpinistes chevronnés ou les militaires de montagne s’attaquaient aux pentes vierges, la dimension de la connaissance du milieu montagnard était évidente : cela nécessitait un véritable savoir faire et du matériel très spécifique. En France, l’histoire du ski de randonnée ou du ski de montagne est étroitement liée à la dimension militaire. Jusqu’en 1914 l’école militaire de Briançon instruit plus de 5000 soldats skieurs qui forment les premiers bataillons de chasseurs alpins. La période d’après-guerre voit naître et se développer «les sports d’hiver», ce qui suscite chez les militaires de nouvelles initiatives qui aboutissent à la création de l’EHM (école de haute montagne) en 1932. Petit à petit la pratique touristique s’empare des montagnes, les remontées mécaniques permettront au tourisme de se développer de plus en plus. Les sports d’hiver en France bénéficieront en plus de la notoriété qu’amèneront les jeux olympiques d’hiver de Grenoble en 1968 puis de Albertville en 1992. Le tourisme d’hiver croit chaque année de plus en plus. Comme chaque pratique sportive, le ski connait sa part d’innovation et de changements. Le ski de randonnée se développe de plus en plus et commence à toucher les passionnés de montagne qui cherchent à fuir les stations de ski et la forte affluence francilienne pour se réfugier hors des sentiers battus, en quête de liberté et de grands espaces. L’influence du ski freeride sur le ski de randonnée permet de voir rapidement apparaitre la tendance Freerando, cette pratique à mi chemin entre le ski de piste, le freeride et le ski de randonnée. La principale caractéristique du freerando se trouve dans le matériel : un ski large équipé de fixations de ski de randonnées qui permet de continuer l’ascension à l’aide de peaux de phoques après les remontées mécaniques pour accéder à des secteurs isolés des stations de ski. Cette pratique tendance intéresse fortement les jeunes car en plus d’être relativement à la mode, les marques développent  de plus en plus leurs gammes freerando. Internet et les réseaux sociaux participent largement à cette effervescence. En effet en agrémentant cette tendance de belles images et de films plus ou moins longs mettant en avant cette pratique, l’engouement ne peut que grandir chez les jeunes. Et c’est tout là le paradoxe de cette pratique, notamment chez les jeunes pratiquants : là plupart du temps ils ne sont pas issus de la « culture montagne ».

Il est donc important d’insister sur la différence entre prévention du risque avalanche et formation au risque avalanche, incluant forcément le volet secours des avalanchés. La prévention au risque avalanche s’inclut plus dans une dynamique de sensibilisation de l’utilisateur au milieu montagnard et aux risques naturels. Prendre conscience que la montagne en dehors des pistes sécurisées reste un terrain potentiellement mortel, même pour les plus aguerris et professionnels de la montagne.  La montagne reste un choix, qui derrière ses allures de carte postale attrayante, comporte ses risques et ses dangers, le pratiquant se doit d’être éclairé à ce sujet. Je ne veux pas  appuyer ici sur un discours négativiste, mais simplement re-situer l’humain et ses choix à l’échelle du risque naturel que sont notamment les avalanches. Pour caricaturer un peu la situation, on pourrait comparer cela à un usager de la route. Il y a en montagne des codes à connaitre, une lecture de terrain, des bulletins dont il faut prendre connaissance avant de partir en excursion, et surtout il ne viendrait pas à l’idée à un individu normalement constitué de prendre le volant sans avoir reçu de formation et sans connaitre ces codes. C’est justement sur ce sujet que la prévention doit jouer un rôle clé ! Les marques de montagne jouent donc ici un rôle fondamental puisque les utilisateurs sont obligatoirement en contact avec elles s’il souhaitent pratiquer en autonomie, en dehors de toute structure de location du matériel ou organisme qui comprendrait un accompagnement. Les marques ont une vraie légitimité à opter pour un discours à ce sujet, d’autant que nous verrons par la suite que les consommateurs sont tout simplement dans l’attente d’un tel discours !

II. Benchmark

Afin de mieux comprendre la situation actuelle sur le marché du sport de montagne, nous allons maintenant nous intéresser à l’existant. Pour cela j’ai sélectionné deux marques qui proposent un vrai discours avalanche, afin d’étudier leurs actions.

Commençons par la marque Ortovox. Cette marque allemande crée en 1980 a commencée par fabriquer des DVA (le Ortovox F2). Sa stratégie est donc fortement liée au secours en montagne puisque c’est avant tout son discours commercial. Cependant il est intéressant de regarder ce que la marque a mis en place. De même que pour Millet, Ortovox a choisi d’intituler son concept « Safety Academy ». La marque organise quatre types d’événements, allant de un à deux jours et demi de formation :

  • Les Training Basic : s’entrainer à la sécurité pendant une journée 
  • Les Tour and Training Basics : notions de base pour plus de sécurité dans la poudreuse sur deux jours.
  • Les Tour and Training Advanced : Cours approfondis et connaissances DVA sur deux jours et demi de formation. 
  • Les Safety Nights : soirée de formation express gratuite, 14 dates en Europe, en partenariat avec Petzl.

Cette tournée de formation est d’ampleur européenne avec plus de 200 dates au total. 

La Safety Academy de Ortovox fait partie intégrante de leur communication sur le site web, on retrouve ainsi au coté de l’onglet « Produits » un onglet « Safety Academy » qui déroule ensuite sur quatre volets les formations en ligne, les formations sur le terrain, les outils d’entrainement à télécharger ou à acheter ainsi qu’un outil de planification de sortie principalement dédié à l’Allemagne et l’Autriche.

La communication digitale est donc au coeur de la stratégie de la marque : rendre accessible gratuitement et en 5 langues des outils de formation en ligne et des dates physiques pour s’entrainer avec des professionnels. Tout est mis en oeuvre pour accompagner le client dans son achat et sa formation à l’utilisation de son matériel de sécurité. 

Je pense qu’il est également important de préciser qu’en Europe, tous les pays n’ont pas la même culture en terme de sécurité avalanche. Les allemands ou les autrichiens ont une solide culture à ce sujet et sont bien plus présents sur les questions de sensibilisation au risque avalanche au travers de différents organismes. Frédéric Jarry, chargé de mission et formateur à l’ANENA que j’ai contacté, et dont je reparlerai un peu plus loin dans ce mémoire, m’a d’ailleurs confié qu’un gros travail d’uniformisation des discours au niveau européen était en train d’avoir lieu et verrai le jour en septembre 2018 dans le but que chacun de nous, pratiquant ou secouriste, parlions le même « langage sécurité » dans toute l’Europe. Un point important également en ce qui concerne les marques, plutôt que chacun applique son propre discours dans son coin, bien que les grandes lignes méthodologiques restent sensiblement les mêmes.

Durant mes déplacements dans les divers magasins j’ai pu récupérer un des petits livrets Ortovox que l’on retrouve également sur leur site internet. Ce livret gratuit intitulé « Safety Academy Guide Book, connaissances de base sur les avalanches pour les randonneurs et freeriders » est à la disposition de tous dans les magasins distributeurs de la marque. Ce livret est très bien fait et détail toute la démarche d’une sortie de ski de randonnée, de la préparation, en allant jusqu’à inclure une règle de mesure du dénivelé, jusqu’à la méthodologie de secours aux avalanchés. Ce livret gratuit est un vrai point positif dans la stratégie de la marque puisque celle-ci mets à disposition de tous un support de formation basique, mais est la seule marque à le proposer aujourd’hui, en magasin, c’est donc une grande force opérationnelle. 

Je n’ai malheureusement pas réussi à rentrer en contact avec la marques Ortovox pour échanger avec eux au sujet de leur Safety Academy.

Deuxième entreprise à laquelle je me suis intéressé : Salomon.

En décembre 2015 Salomon a lancé sa Mountain Academy, une plateforme en ligne qui offre deux formations à 29€ chacune incluant au total 14 chapitres et environ 90 vidéos. Salomon annonce 31401 inscrits sur la plateforme. L’objectif étant d’offrir deux formations différentes :

  • L’essentiel de la sécurité (8 chapitres, 60 vidéos).
  • Plus loin en hors-piste (6 chapitres, 30 vidéos).

Salomon a principalement collaboré avec l’ANENA, notamment pour apporter les corrections finales aux formations. 

Sur le plan commercial, Salomon offre un cours pour l’achat d’un produit de leur gamme MTN, la gamme ski de randonnée de la marque. Ce point est très intéressant car il permet d’inciter l’acheteur à se tourner vers cette marque plutôt qu’une autre, un vrai avantage concurrentiel qui permet en plus de faire la promotion de la deuxième formation.

III. Etude empirique

Afin d’avoir un aperçu réel de la situation sur le terrain, j’ai décidé de réaliser un sondage sur internet pour aborder la thématique du risque avalanche auprès d’un public de pratiquants. J’ai réussi à récolter 174 réponses en 24 heures, principalement en partageant le sondage sur mon Facebook personnel et dans un groupe de montagne.


Voici les différentes questions que j’ai posé :

Votre niveau de connaissance

  • Comment situez-vous votre pratique en montagne ?
  • Possédez-vous un DVA (détecteur de victime en avalanche) ?
  • Possédez-vous un sac airbag ?
  • Qu’est ce que le BRA ?
  • Comment évaluez-vous vos connaissances théoriques quant à la préparation d’une sortie de ski de randonnée ?
  • Comment évaluez-vous votre capacité à secourir une victime en avalanche ?

La formation au risque avalanche

  • Avez-vous déja suivi une formation au risque avalanche
  • Si oui, dans quel cadre ?
  • Combien d’entrainements au secours en avalanche faites vous dans une saison ?

Le secours en avalanche et vous

  • Le prix d’une formation au risque avalanche est-il une limite pour vous ?
  • Quel prix seriez-vous prêt à payer pour une formation complète (théorique et pratique) avec un professionnel de la montagne ?
  • Pensez-vous que les marques de montagne doivent s’investir davantage dans la SENSIBILISATION au risque avalanche ?
  • Pensez-vous que les marques de montagne doivent s’investir davantage dans la FORMATION au risque avalanche ?
  • Précisez pourquoi il serait intéressant que les marques s’investissent plus :

Votre profil

  • Avez-vous été touché par un accident lié à une avalanche ?
  • Vous êtes :
  • Votre âge
  • Votre catégorie socio-professionnelle :
  • Votre code postal :

Pour commencer, identifions le profil des répondants :

  • 69% des répondants sont des hommes contre 31% de femmes
  • L’âge des répondants est très varié mais la majorité (27,6%) est âgée entre 20 et 24 ans et s’étend pour une minorité (2 répondants) jusqu’à plus de 60 ans.
  • La grande majorité est encore étudiante (43,1%) suivi par les salariés (19,5%) et les artisans, commerçant, chef d’entreprises (9,8%).
  • Les répondants habitent principalement dans la région Rhône-Alpes (24% en Isère, 15,8% dans la Drôme, 14% en Savoie, 9,4% en Haute-Savoie)
  • 52,9% des répondants disent avoir été touché dans leur environnement proche (amis, camarades, collègues…) par un cas d’accident lié à une avalanche

Les résultats sont intéressants car ils sont relativement variés et forment une population intéressante dans le cadre de cette étude. Maintenant que nous avons pu identifier notre population, intéressons nous aux résultats de la première partie du sondage.

On note que la majorité des répondants pratiquent le ski de randonnée (72,4%) ou le ski hors-piste en station (63,2%). La population étudiée semble être relativement bien éduquée à la nécessité de posséder un DVA (détecteur de victime en avalanche) car c’est seulement 20,1% des répondants qui n’en font pas usage dans leur pratique (60,3% en possèdent un et 19,5% le louent quand ils en ont besoin). Les résultats sont cependant bien différents en ce qui concerne l’utilisation des sacs airbag car 89,7% des répondants n’en possèdent pas et seulement 1,1% en loue un quand ils en ont besoin. (Les autres 8,6%) répondent posséder un sac airbag. Je ne m’attendais pas à un résultat aussi faible, mais cela reflète donc bien la réalité de la pratique : peu de gens sont finalement équipés de sacs airbag, peut-être au vue du prix de ce matériel. Si je m’étais attendu à un tel résultat j’aurai pu demander la raison pour laquelle les gens ne sont pas équipés de sacs airbag afin d’en savoir plus à ce sujet.

Du point de vue des connaissances des répondants, on se rend compte qu’il y a quelques lacunes. 24,9% des répondants ont donnés une réponse fausse ou ne connaissaient pas la signification de BRA (Bulletin de Risque Avalanche) qui est pourtant l’outil numéro de toute préparation de sortie hivernale en montagne. On imagine donc qu’au moins un quart de ces pratiquants partent en montagne sans connaitre les conditions, sans même parler de ceux qui savent ce qu’est le BRA mais ne le consultent pas. Sur ce point c’est donc la prévention qui pèche. Pour ce qui est du niveau de connaissances théorique de la préparation d’une sortie de ski de randonnée ainsi que de la capacité à secourir une victime en avalanche, la moyenne sur dix des répondants se situe pour chaque question aux alentours de 6,2 sur 10. On note via ce résultat tout de même une certaine incertitude au vue de la courbe générale. Bien qu’il soit difficile de se noter sur ce sujet, chaque personne devrait être confiante au moins quant à sa capacité à préparer sa sortie de ski de randonnée, puisque celle-ci implique simplement d’appliquer une méthodologie. Il en est certes tout autre une fois sur le terrain, notamment concernant la lecture du terrain et sa comparaison avec les estimations.

77% des répondants disent avoir déjà suivi une formation au risque avalanche. 23% pratiquent donc une activité à risque sans avoir été formés… Là encore ce chiffre est assez alarmant, prouvant que la prévention reste donc une des priorités sur lesquels les marques doivent travailler pour combler ce fossé et pousser les pratiquants à se former en étant conscient des risques encourus. Il est intéressant de comparer à cela le nombre de pratiquants qui s’entrainent eux-mêmes dans la saison à la recherche de victimes en avalanches car ce chiffre prouve bien l’état de conscience et de connaissance du sujet dans lequel le pratiquant se trouve. Un skieur qui s’entraine régulièrement est un skieur qui sait à quel point l’efficacité est primordiale dans ce genre de situation. Là encore le constat est assez étonnant, 33,3% soit un tiers des répondants ne s’entrainent pas une seule fois durant la saison hivernale. Plus d’un quart (25,9%) s’entrainent une fois et 26,4% s’entrainent une à deux fois par saison. 

Enfin, je me suis intéressé au rapport à la formation pour chaque répondant. 46,6% répondent que le prix d’une formation est une limite pour eux. Cela prouve bien une fois de plus qu’une formation gratuite est beaucoup plus impactante qu’une formation payante. Cependant cela n’est donc pas la majorité. J’ai donc posé la question du prix que chacun serait prêt à payer pour une formation complète (théorique et pratique) avec un professionnel de la montagne. Ce prix psychologique se situe à 33,9% entre 25€ et 50€ et à 31,6% entre 50€ et 100€. 25,9% des répondants sont donc prêts à payer entre 100 et plus de 300€. 

Pour conclure ce sondage, j’ai simplement demandé aux répondants si pour eux les marques de montagne doivent s’investir davantage dans la sensibilisation et la formation au risque avalanche. 85,1% répondent OUI pour plus de sensibilisation contre 14,9% non. Cependant 69% seulement répondent OUI en ce qui concerne la formation. On notera donc une baisse de vote pour le oui de plus de 16% quant à la légitimité de la marque à intervenir directement dans la formation au risque avalanche. 

Ces résultats démontrent plusieurs choses :

  • Le besoin de prévention et de sensibilisation au risque avalanche se fait ressentir.
  • Le prix des formations joue un rôle intéressant quant à l’accès à celles-ci.
  • Le consommateur est prêt à payer une certaine somme pour se former.
  • La préparation de la sortie en ski de randonnée est un sujet qui mérite d’être approfondi et plus clair. Peut-être qu’une méthodologie type serait intéressante.

Afin d’aller plus loin encore dans ma démarche, j’ai souhaité connaître l’avis de l’ANENA qui est l’entité de référence en France à ce sujet. Je me suis donc entretenu au téléphone avec Frédéric Jarry, chargé de mission et formateur. Nous avons pu discuter pendant une heure de plusieurs thématiques.

Nous avons commencés par évoquer les nouveautés mises en place au sujet de la formation par L’ANENA. L’association a notamment mis en place cette année de la formation directement dans les établissements scolaires. Ce sont pas loin de 25 journées de formation qui ont été réalisées dans les les écoles, collèges et lycées de la région Rhône-Alpes. Du point de vue de la formation pour les professionnels, l’Anena a notamment mis en place une certification pour les moniteurs et les professionnels de la montagne. A l’heure actuelle c’est environ une centaine de personnes qui sont certifiés et une quarantaine qui collaborent régulièrement avec l’association pour dispenser des formations. Ces formations sont organisées à partir de 25€ la demie journée. Différentes conférences sont également mises en place un peu partout en France pour évoquer des sujet allant de l’accidentologie au secours en montagne en passant par l’évolution en ski de randonnée.

Je lui ai ensuite demandé son avis en ce qui concerne l’implication des marques de montagne dans la prévention et la formation au risque avalanche :

« La prévention tout le monde doit s’y mettre. C’est une très bonne chose car cela permets de toucher encore plus de public et notamment des publics freeride / freerando qui n’est pas facile à capter pour l’ANENA, notamment le public jeune »

Tout comme me l’ont indiqués bon nombre des répondants à mon sondage, les marques ont une vraie légitimité à parler du risque avalanche, notamment de par leur proximité avec le pratiquant.

Frédéric rajoute cependant qu’il serait bien d’arriver à avoir un discours commun entre les entre les marques, les clubs et autres entités de formation pour éviter que chacun ai sa propre méthode chacun de son côté.

C’est justement ce sur quoi l’association travaille en ce moment avec la Commission internationale de sauvetage alpin : cette commission comprend elle même une commission de sauvetage avalanche. Ils travaillent actuellement sur un programme international dénommé Mountain Safety Info dont l’idée est d’homogénéiser les techniques de secours en avalanche. De nombreuses ressources et illustrations sont produites et le contenu est déjà traduit dans 20 langues. L’objectif est avant tout l’uniformisation et l’homogénéisation des techniques. Un outil devrait sortir en septembre 2018 au niveau international. D’ici quelques années le discours du déplacement en terrain enneigé sera lui aussi uniformisé pour répondre aux mêmes objectifs.

Il y a chaque année des campagnes de prévention faites par le ministère de la jeunesse et des sports, également une tournée de sensibilisation en station est faite. 

J’ai également demandé à Frédéric comment faire pour qu’une marque soit affiliée à l’ANENA. Il m’a répondu que puisque cela n’a jamais été le cas, tout reste encore à écrire mais que cela serait une très bonne stratégie pour « accorder les violons » des différents acteurs concernés sur les enseignements et les objectifs de ces formations selon les différents niveaux. 

Conclusion

Ainsi nous avons pu voir à travers ce mémoire que les marques de montagne ont un vrai intérêt à s’engager dans ce discours de sécurité avalanche puisque les clients sont clairement dans le besoin d’un tel investissement. Il est cependant important de bien différencier les deux phases de prévention et de formation. La priorité pour les marques de sport de montagne doit-être accordée à la prévention, d’abord pour assumer leur rôle d’équipementier dans un secteur potentiellement dangereux pour le pratiquant, mais surtout pour impliquer le client dans sa pratique et le rendre conscient de chacun de ses choix. Le rôle de la marque n’est pas de jouer la police préventive, mais plutôt d’utiliser ce discours pragmatique pour lier une relation privilégiée avec le pratiquant. Cette politique est donc double car elle répond aux attentes du client de voir la marque investie sur ce sujet et elle permet également à la marque de tisser une proximité avec lui, ce qui est un vrai vecteur d’image. La partie formation doit faire partie intégrante du discours de  la marque mais devra cependant être rattachée à un organisme spécialisé, d’abord pour apporter une vraie légitimité au discours, mais surtout pour détacher un peu la marque de ce rôle de formation et plutôt tourner le tout vers l’opportunité ou l’offre d’expérience par la marque, en association avec l’entité de formation. Stratégiquement le choix de s’investir sur ce sujet est vraiment intéressant. D’abord puisque le marché tend de plus en plus vers des pratiques qui nécessitent ces connaissances et que les acteurs de la concurrence vont donc développer de plus en plus également cette stratégie. Le renouvèlement de l’image de la marque est largement au coeur de cette question puisqu’elle permet de toucher de nouvelles cibles, difficiles à toucher en temps normal, et ce notamment par la gratuité de l’événement proposé. Enfin, il est important de prolonger l’expérience proposée ensuite avec un discours commercial et adapté à la stratégie préalablement mise en place afin de créer une certaine harmonie dans le volet communication, marketing et commercial et que tous soient impliqués dans la stratégie.

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